Il y a bien des manières d’évoquer l’inadéquation, l’hétérogénéité, l’impossible identité qui sont au cœur des êtres parlants.
Les passions de l’âme et la chair, le cœur et la raison, les mots et les corps, ont peuplé les fables, les contes, les romans, les philosophies, les religions et autres spéculations... Mais c’était aux temps où cette division ne cessait d’être interrogée.
À cette division, bien des traitements furent appliqués. Platon a insisté sur cette division entre le corps et l’âme, Plotin penchait plutôt pour la haine du corps, les stoïciens avaient pour devise « supporte et abstiens toi », les cyniques vivaient pour provoquer, tel Diogène se masturbant sur la place publique. Les hédonistes s’en donnaient à cœur joie et Descartes trouva dans la glande pinéale de quoi suturer la question de la substance étendue et de la substance pensante. Platon levait son index vers le ciel, tandis qu’Aristote tournait la paume de sa main vers le sol.
Toujours le monde change, le nôtre aussi !
La médecine, la recherche, la politique, la culture, l’information sont gérées par des « managers » appelés « experts » qui financiarisent les pratiques et abusent le citoyen.
Les métiers n’ont plus de sens, les scores, les rythmes, les rendements, et les évaluations technocratiques sont aussi grotesques que pervers.
La dictature des machines est en marche, une marche forcée par l’intelligence artificielle !
Cette marche forcée s’est mise au service de notre jouissance et alors, nous voulons jouir de tout, tout le temps et quoi qu’il arrive. Hélas, cette jouissance débridée écrase notre désir et réduit notre parole à la seule communication, elle-même dictée par les éléments de langage.
Quel paradoxe ! La science veut suturer notre division alors même qu’elle en est issue.